mardi 16 juillet 2013

Comment on ne va pas résorber le chômage

Il y a quelques jours, je t'expliquais, lecteur, que devoir mettre un terme au contrat de travail de SuperNounou était un crève-coeur pour toute la famille et combien c'était triste. Je croyais partager ma tristesse avec vous mais, heureusement, un lecteur anonyme m'a rappelé la dure réalité de la vie : je suis indécente. Si j'étais "normale", je ne créerais pas un emploi, mieux, j'en libèrerais un pour m'arrêter de travailler et m'occuper de mes enfants... comme tout le monde. Les gens normaux ne peuvent pas employer un salarié, ils n'en ont pas les moyens, dès fois que ça m'ait échappé.

Soudain, grâce à mon lecteur anonyme, j'ai réalisé que - contrairement à ce que j'avais toujours cru - c'est MAL d'employer quelqu'un pour garder des enfants, parce que c'est la PREUVE qu'on est plus riche que d'autres et ça, tu vois, on ne DOIT PAS.

Ok, donc, je ne dois pas employer quelqu'un. Mais si mon lecteur anonyme était cohérent, il n'irait pas travailler pour ces salauds de "riches" qui ont les moyens d'employer et de déclarer un salarié à domicile. On ne doit pas aller travailler pour l'ennemi. C'est lui faire trop d'honneur.

Cette réalité m'a soudain sauté au visage. Une épiphanie !

On ne doit pas travailler pour le MAL. Il faut refuser ces fonctions là.

En conséquence, outre les particuliers employeurs, le chômeur ne DOIT PAS non plus aller travailler pour :

- les banques ou les assurances parce que la finance, c'est l'ennemi;
- l'industrie agro-alimentaire parce qu'ils exploitent les paysans;
- les agriculteurs parce qu'ils utilisent des pesticides;
- les fabriquants de pesticide parce que les pesticides, c'est le mal;
- l'industrie chimique en général, parce que la chimie, ça pollue;
- l'industrie automobile, parce que les autos, ça pollue (aussi);
- les industries en fait, parce que t'en connais, toi, des sites industriels qui ne polluent pas du tout du tout ?;
- le bâtiment, parce que les immeubles, c'est pas beau et qu'il y a des polacks que cassent le marché (comme les portos avant eux);
- le commerce textile parce qu'ils font fabriquer au Bangladesh;
- l'industrie IT parce qu'ils font fabriquer en Chine;
- les restaurateurs, parce qu'ils achètent des produits tout faits à l'industrie agro-alimentaire susmentionnée;
- les fast-food, parce que c'est pire que les restaurateurs;
- les avocats, les médecins, les huissiers et autres professions réglementées, parce que c'est que des voleurs;
- [compléter la liste par votre bête noire du moment]

On ne PEUT PAS non plus travailler pour l'Etat parce que l'Etat n'a pas de sous et qu'il ne remplace plus les fonctionnaires qui partent à la retraite.

Du coup, on fait quoi ?

Monter sa petite entreprise, c'est bien ça. Si on montait un petite entreprise ?

Ah mais non ! N'y PENSONS PAS, l'auto-entreprenariat, c'est PAS BIEN, ça tue les artisans.

Tu vois, lecteur, c'est bien joli les idéaux mais ça aide pas à résorber le chômage.

Alors, moi, je vais te dire un truc : je suis fière d'avoir employé à plein temps une salariée pendant 7 ans, d'avoir déclaré chaque centime que je lui versais, de l'avoir aidé à cotiser à la retraite, d'avoir beaucoup appris sur le pays d'où elle venait, de l'avoir écouté parler de son Dieu à mes enfants, moi qui n'y croit pas, d'avoir eu de grandes conversations sur la société dans laquelle on évolue, sur l'éducation des enfants et les principes qui la régisse. Et jamais, jamais, je n'aurai honte d'avoir bossé comme une damnée - y compris parfois le soir et le weekend - pour pouvoir gagner son salaire. D'ailleurs, elle était la première à expliquer à mes enfants, notamment à ma fille, que si elle, leur nounou, travaillait et si moi, leur mère, je travaillais, c'est parce qu'il faut qu'une femme soit indépendante, que le travail fait l'être humain.

Gardez vos grands principes pour vous. Je travaille. Je ne compte pas m'arrêter. Et si aujourd'hui il ne m'est plus possible de financier un salarié à plein temps, je vais continuer à être employeur pour un temps partiel et à déclarer l'intégralité du salaire que je payerai. J'espère seulement que je trouverai quelqu'un d'aussi bien que SuperNounou auquel verser ce salaire.


15 commentaires:

  1. Amen (dit l'athee que je suis) tout pareil comme souvent :)

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  2. Raison tu as contre les dogmatiques...

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  3. Y a quand même une industrie que vous avez oubliée, c'est celle de l'armement.
    Plutôt manger des racines qu'accepter un job à 10k€ par mois dans cette industrie de mort.
    Je ne comprendrai jamais ceux qui y bossent et regardent leurs enfants jouer le soir sans que ça les empêche de dormir, alors que 70% des munitions fabriquées vont tuer un civil et non un soldat...
    Donc oui, je saisis bien l'ironie du post, mais certains ont des principes et c'est très bien :)

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  4. Superbravobravobravo Doudette ! Tu dis des choses formidables et positives ! Si tout le monde était comme toi !
    Il faut donc bien voter aux prochaines élections, c'est-à-dire contre ceux qui augmentent les impôts, et tuent l'emploi, alors que les dépenses de l'Etat restent - et vont encore rester - excessives par rapport à l'étranger, et qu'on recrute encore des fonctionnaires.
    Je voudrais dire aussi à l'anonyme précédent que je le plains, car ce pseudo-idéaliste ne voit pas bien loin. Je suis très très fier d'avoir travaillé pour la Défense nationale sous de Gaulle. C'est grâce au travail de toute la nation que nous avons encore des industries de pointe, telles que l'aéronautique et le spatial. Il préférerait peut-être être tué plutôt que se défendre, car ça doit être mal de se défendre...

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  5. Je partage entièrement!! Certains ont des principes, libres à eux, maintenant, qu'ils n'oublient pas que si certains ne partagent pas leurs avis ou convictions, ça n'empêche pas qu'elles puissent être valables ou nobles.

    Et concernant l'emploi, malheureusement, beaucoup de ceux qui considèrent (cf la liste que vous donnez) certains métiers comme "impurs" oublient que beaucoup sont nécessaires. Quand à stigmatiser les "riches", c'est très français, on préfère que tout le monde soit "pauvre" plutôt que de permettre aux "pauvres" de devenir "riches"

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    1. Je suis d'accord, Nono. Mais quand vous dites "on préfère que tout le monde soit "pauvre"", il vaut mieux dire "certains préfèrent...", et, généralement, ce sont les mêmes qui vont, par exemple, faire l'apologie des 35 heures payées 39 : en effet, ils veulent gagner le plus possible d'argent en travaillant le moins possible. Et ce sont aussi les mêmes qui voudraient partir en retraite à 60 ans, ou qui défendent les régimes spéciaux : ils veulent donc exploiter le travail des autres, et s'approprier des richesses qu'ils n'ont pas créées, mais qu'ils auraient pu créer eux-mêmes par leur travail s'ils n'avaient pas eu cette mentalité. C'est donc bien une question de mentalité.

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    2. Il est de bon ton de gueuler sur les riches, mais si par hasard "on" le devenait, je pense qu'on emploierait bien vite qui une femme de ménage, qui un jardinier,... :-)
      Je pense qu'"on" oublie un peu souvent que la plupart des richesses sont générées par un tavail acharné (qui nécessite donc l'emploi de nounous etc, cercle vertueux). Et que "riche" est un terme bien flou...

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    3. @ grand-père: au temps pour moi, c'est vrai que ce sont plutôt certains qui préfèrent, mais ils représentent malheureusement trop de monde dans notre beau pays.

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  6. Rhooo ! L'est pas bien ce lecteur anonyme. Heureusement qu'on embauche des assistantes maternelles.
    Il faut être riche pour s'arrêter de bosser et garder ses enfants.
    Il y en a vraiment !
    n_n

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    1. A Cynthia et Cie : il y a en France plus de fonctionnaires qu'au Japon, dont la population est double de la France. Je pense donc qu'avec beaucoup moins de fonctionnaires en France, on pourrait déjà équilibrer nos comptes, et, de plus, recruter des assistantes maternelles, dont on a effectivement besoin.

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    2. En Suède, il y a 1,125M de fonctionnaires pour une population totale de 9,1M soit 36.3% de la population totale. Avec, en 2012, une croissance d'environ 4% et une dette publique de 37.5% du PIB.

      En France, il y a 5,228M de fonctionnaires pour une population totale de 65,8M soit 7,94% de la population totale. Avec, en 2012, une croissance de 1.7% et une dette publique de 84.7% du PIB.

      Au Japon, la fonction publique représente 6.7% de la population active. Avec, en 2012, une croissance de -0.7% et une dette publique de 211.7%.

      Finalement peut-être qu'il n'y a justement pas assez de fonctionnaire en France pour avoir la croissance et la dette de la Suède.

      Ou de manière plus réaliste, il faut arrêter de jouer les ignorants en ne prenant en compte que les chiffres qui corroborent son propre point de vue. Comparer les pays entre eux n'a absolument aucun sens, toutes choses n'étant PAS égales par ailleurs.

      * Pour les chiffres de croissance et de dette : http://www.indexmundi.com/g/r.aspx?t=0&v=66&l=fr

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  7. Faut pas répondre aux anonymes, surtout quand ils pondent de pareilles conneries.

    Ça donne en tous cas un joli billet par contre...

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  8. Merci pour ce partage réaliste. Pour ma part, tant que tout le monde peut travailler c'est une avancée. Il ne faut pas se sentir coupable de travailler ni même de faire travailler parce que dans le contexte actuel ces deux choses sont une denrée qui se raréfie.

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  9. J'ai aussi recouru un moment à ce mode de garde (c'est de loin le plus confortable), pourtant je comprends la réaction d'Anonyme. Il ne s'agit pas de se sentir ou non coupable mais de replacer certaines situations dans un contexte plus large.
    D'abord il est vrai que même avec des aides ça revient extrêmement cher et que c'est de fait destiné à des ménages de cadres supérieurs. La majorité de la population n'a pas trop le choix et opte pour la solution la plus viable économiquement, je pense que c'est tout ce qu'Anonyme voulait souligner.
    (J'ai d'ailleurs fini par me poser la question de l'intérêt de travailler pour reverser la plus grosse partie de mon salaire à une autre personne et de la satisfaction que j'en tirais.)

    D'autre part les emplois de ce type posent pas mal de questions : situation plutôt précaire, pas de formation, peu d'évolution en perspective, rapport avec l'employeur souvent délicat, etc... C'est aussi un aspect dont il faut être conscient. Je vous suggère de lire l'ouvrage de Caroline Ibos "Qui gardera nos enfants ?"

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