Toi qui te crois drôle sur Twitter ou ailleurs sur la toile, toi qui penses qu'un tweet est anodin, qu'on peut faire une bonne vanne qui commence par si ma fille ramène un juif, si mon fils était gay ou si j'étais nazi, qu'on peut la publier sur un site ouvert à tous comme si on était au bistrot avec le copain Nicolas, ouvre grand tes écoutilles.
Je te tutoie, tu ne m'en voudras pas. J'ai plus de quarante ans et je ne peux pas imaginer que tu en aies plus de vingt-cinq. Je fais partie de cette horde de vieilles biques sentencieuses qui prétendent avoir un avis sur tout... et donc oui, je te tutoie. Tu dois forcément être jeune pour ne pas réaliser que ce que tu écris sur un réseau social t'engage. Les paroles s'envolent, les écrits restent. Et tes écrits seront lus longtemps, longtemps après que les poètes auront disparu.
Sache, jeune sauvageon, que, en droit français, tout n'est pas permis. Va donc lire ça pour te rafraîchir la mémoire. Tu encours une peine de prison d'un an et/ou une amende de 45 000 euros pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse. Peut-être que le juge n'ira pas aussi loin, sans doute que tu n'iras pas en prison... mais as-tu vraiment envie d'avoir un casier judiciaire à ton âge ?
Tu te crois protégé par Twitter, par Facebook et leurs règles relatives à la protection des données, tu crois que le droit américain te couvre. Je vais te dire un truc, de toi à moi, un secret de juriste : si un juge français veut appliquer le droit français à une entreprise étrangère, il le fera. Et s'il veut trouver ton nom, ton vrai nom, celui que tes parents t'ont donné, le juge le trouvera... même si Twitter, Facebook et les autres n'ont pas envie de le leur communiquer. C'est ce qu'il y a de bien avec les juges, tu vois, ça prend le temps qu'il faut mais ils savent faire appliquer la loi.
Tu vas me dire que tes saillies racistes et/ou antisémites et/ou homophobes, c'est de l'humour et que je n'y comprends rien. Tu m'expliqueras que je suis concernée, car juive, car femme et que donc, je ne peux pas saisir l'humour dans un certain contexte. Dont acte. Et alors ? Si moi, qui suis éduquée, plutôt rigolote et assez ouverte (et modeste en plus), je ne saisis pas ton humour, crois-tu que ceux qui sont plus concernés vont se mettre à rire aux éclats en te lisant ? Le simple fait que tu les blesses devrait sans nul doute te faire réfléchir à deux fois avant d'écrire les énormités que tu as publiées sur la toile. Mais sais-tu ce que c'est que de réfléchir ?
Je t'ai entendu quand tu as dit "z'ont qu'à pas lire si ça leur plaît pas". Rien que cela prouve que tu ne réfléchis pas. En tous cas, pas assez. Comment peuvent-ils savoir ce qu'il ne faut pas lire ? Comment peuvent-ils deviner à l'avance ce que tu vas mettre en ligne ? Et si tu as conscience que ce que tu écris ne doit pas être lu par certains, pourquoi le laisser ouvert à tout le monde, pourquoi le hurler sur les internets ? Tu le sais pourtant - ou tu devrais le savoir - qu'Internet et son village mondial sont la plus grande cage de résonance qu'on ait créée depuis la création de l'écriture !
Comme tu es jeune, je vais te donner un dernier conseil : quand tu écris quelque chose sur la toile, pense que ton père te lit, que ta mère te lit, que ton patron te lit, que tes amis te lisent et même que tes voisins te lisent... Rappelle-toi que, comme toi, chacun a son jardin secret. Tu ne sais pas tout de leur vie, comme eux ne savent pas tout de la tienne. Qui te dit que tu n'es pas en train de leur déchirer leur coeur avec des soi-disant blagues ?
Alors, à partir de maintenant, quand tu écris, quoi que tu écrives, écris pour eux.
Eux seuls savent que tu es quelqu'un de bien... sous ta carapace de fanfaronnade et de bêtise. Donne leur une raison d'être fier de toi.
Très bien dit... par contre je suis un peu plus pessimiste que toi, certains enfants sont aussi bêtes que leurs parents et vice versa, aussi cons et aussi haineux... à la fin tu laisses entendre qu'il y a un espoir pour ces jeunes de comprendre et d'arrêter, pas toujours malheureusement...
RépondreSupprimeril y a forcément une personne - une seule - dans leur entourage qui croit en eux, leur voisine de palier peut-être, va savoir ;)
SupprimerTrès beau texte...
RépondreSupprimerJ'espère qu'ils le liront... et qu'ils comprendront (elles également)
je l'espère aussi
SupprimerDoudette, j'espère que la justice va en corriger quelques uns et mettre des peines adaptées. Là je viens d'avoir un echange avec un twittos qui a été qualifié de "pedophile" par un twittos qui veut voir crever les gays et autres trucs.
RépondreSupprimerLà , je sera magistrat c'est du TIG et une amende collossale à payer .
je suis d'accord avec toi. La sanction est nécessaire. Mais on peut aussi (tenter de) s'adresser à leur humanité, ce que je tente - humblement - de faire.
Supprimertrès beau billet ferme et déterminé.
RépondreSupprimerBravo et merci
merci à toi pour ce gentil commentaire... et bisous, tiens !
Supprimerrhoooo je vais rougir ;)
SupprimerExcellent billet. Je m'étais (avec moins de talent) un peu énervé sur le même sujet il y a quelques mois.
RépondreSupprimerMalheureusement; sauf si quelques ânes se faisaient sanctionner; je crois que nous n'en sommes qu'aux débuts de ces énormités.
J'espère qu'il y aura des sanctions (pour ça, il faudrait que le parquet se saisisse de l'affaire mais ça me semble envisageable)
SupprimerMême si je comprends que vous puissiez être blessée par certains Tweets déplacés voir bien pire, il ne faut pas mettre tous les jeunes dans le même panier. J'ai 30 ans et cela m'est arrivé de lancer une "vanne" avec une base de préjugés sur les juifs, les arabes, les cathos, les athés, les blancs, les jeunes, les vieux, les socialistes, la droite..etc. Même si ce n'est pas le répertoire complet de mon humour, cela peut arriver. Il y a la fameuse phrase "On peut rire de tout mais avec tout le monde".
RépondreSupprimerLà, où je veux en venir, c'est qu'en lisant le début de votre billet, j'ai tout de suite pensé que vous ne différenciez pas ceux qui font de la plaisanterie pour rire de clichés comme on peut le voir à la télévision ou en spectacle et ceux qui, et là je vous rejoins et je suis d'accord entièrement avec vous, ne le font que par pure provocation.
Amicalement,
Phantomatic, trentenaire et fier de mes blagues pourries.
Et nous sommes bien d'accord : on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. Je doute que vous entriez dans la catégorie de ceux auxquels je m'adresse, encore que je ne vous connais pas ;)
SupprimerLa France, le beau pays de Voltaire, de la liberté d'expression, et de la constitution ne reconnaissant aucunes communautés...
RépondreSupprimerMerci pour ce joli commentaire... hors-sujet ;)
SupprimerPas si hors sujet que ca a mon avis , tu parles essentiellement de jeunes hord en matiere de connerie comme le disais Brassens "le temps ne fait rien a l'affaire..." .
SupprimerD'autre part , la ou je ne suis pas tout a fait en accord avec toi , c'est que j'aurais envie d'etre au moins aussi con qu'eux en les incitant a continuer . Cependant il faudrait pour cela que notre gouvernement au lieu de pleurer pour queTwitter filtre les flux prenne plutot ses resoobsabilites et fasse ebfin aooliquer la tetrachiee de lois qu'il nous pond quelque soit son appartenance politique . Pas de filtres sur internet mais l'engagement lde la responsabilite de chacun y comprid celle de nos gouvernants dans l'engagement qu'ils ont pris a faire respecter la loi . Et pas de fausse barbe s'il vous plait il faut 2 min pour savoir qui se cache derriere un pseudo quand on a les competebces et/ou les habilitations necessaires . Mais vravo pour ce cri du coeur qui fait du bien a entendre .
J'applaudis des deux mains. Bien dit
RépondreSupprimer<3
SupprimerPersonnellement je prefere ignorer ces fous : plus on en parle, plus on fait la promotion des imbecilités qu'ils profèrent...
RépondreSupprimerCela dit s'il faut reagir, je prefere ta reaction a celle de Fleur Pellerin (j'ai pas 40 ans, je peux te tutoyer?.:-) )
Je refuse d'ignorer ce qui est illégal. Sanctionner et éduquer et réciproquement ;)
SupprimerJe suis habituée aux bons billets de Doudette mais celui si est un millésime ! Merci pour ce texte argumenté et touchant comme tu en as le secret.
RépondreSupprimerJ'envoie immédiatement au responsable FCPE du collège de mon fils car il sera toujours bon de l'avoir sous le coude en cas de débordement (une gamine de 14 ans, fille de deux enseignants, harcelée et vilipendée (j'allais écrire "sadisée" de façon avérée sur FB s'est donnée la mort par pendaison dans mon ancienne région, je suis donc fort sensible à ces questions !). Partage aussi sur FB pour que les moins jeunes (qui ne sont pas les plus sages) en prennent eux aussi leur part.
Bien à toi,
Chris.
Merci Chris, effectivement. Il faut souvent rappeler quelques évidences.
SupprimerLes parametres de confidentialité ce n'est pas fait pour les chiens ... c'est un peu oublié dans l'article. Après, il reste à n'avoir dans ses amis que des gens qui partage son humour ou savent faire la difference entre le personnage et la personne. C'est pareil en soirée : si on fait une vanne sur les juifs (par exemple), il est plus "délicat" de s'assurer de bien connaitre toute l'assemblée. La technologie n'a pas changé la donne, les technophiles oublient juste les bonnes manières et le bon sens, mais malheureusement c'est un phénomène général, IRL autant qu'online.
RépondreSupprimerLes paramètres de confidentialité ne sont hélas pas infaillibles et très différent d'un réseau social à l'autre.
SupprimerBien dit. Merci Doudette! Réflexion menée depuis des années avec mes élèves...et leurs parents. Les jeunes sont concernés en premier lieu mais pas seulement: les adultes n'ont hélas pas toujours montré une voie sage et réfléchie sur les réseaux sociaux.Juste une observation que je te donne suite à un travail de réflexion menée avec de nombreux jeunes et adultes: la conscience de l'écrit disparaît sur twitter et facebook: d'ailleurs tu le notes dans ton début d'article. Les mots posés très vite sont assimilés à des paroles dites. Cela ne justifie JAMAIS ET EN RIEN ces mots évidemment mais il y a là un réel souci pour faire comprendre que ces paroles-là sont écrites. Avec les réseaux sociaux un nouveau langage est apparu: celui d'une parole parfois inconséquente qui prend les conséquences de l'écrit. C'est avant tout l'éducation à ce qu'on dit qu'il faut revoir et pas seulement à ce qu'on écrit.
RépondreSupprimerJ'aime cette réflexion sur l'écrit. Tu as raison, il faut le rappeler : les réseaux sociaux sont des réseaux de l'écrit.
SupprimerTrès touchée par la justesse de ce texte, je suis heureuse de vous le dire. Je vous lis depuis quelques temps déjà et c'est la première fois que j'ai vraiment eu envie de réagir.
RépondreSupprimerJ'en profite pour vous souhaiter une très bonne année pleine de posts aussi réussis ainsi que de belles, beaux et bons (à accorder avec ce qui suit) rencontres, promenades, voyages, repas, moments de complicité, joie, en famille, avec les amis, morceaux de musique, livres, films, pièces de théâtre, tout ce que vous aimez et peut vous faire vous sentir bien.
Très bonne année à vous également, Chantal !
SupprimerTrès beau billet ! bravo !!
RépondreSupprimerMerci
SupprimerDommage d'avoir usé du même ressort caricatural qui adresse ton propos qu'à une seule catégorie d'individu : n'y a-t-il que les « jeunes sauvageons » mâles qui passent les bornes ? Tu oublies les langues de vipères, les « petites poucettes » mal élevées et autres pestes, plus ou moins jeunes, qui prennent twitter pour leur cours de recrée… En réalité personne n'a le droit de s'exprimer ainsi, sur twitter ni ailleurs. Mais nombreux sont celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui n'ont pas conscience de la portée de leurs propos sur le Web. Merci pour la piqure de rappel.
RépondreSupprimerJe ne fais qu'appliquer la grammaire française où le masculin l'emporte (encore) sur le féminin ;)
SupprimerBien dit ! J'espère que le petit "fanfaron" aura l'occasion de te lire !
RépondreSupprimerMerci
SupprimerCe qui est troublant c'est que beaucoup de ces tweets racistes sont faits par les personnes concernées, les 3/4 des tweets sur les noirs ou les arabes sont faits par des noirs ou des arabes... du coup je pense vraiment qu'ils trouvent ces tweets drôles et je ne suis pas sûr qu'ils y voient le mal. Les blagues racistes ont toujours existé mais notre société est de plus en plus trash d'un côté et de plus en plus aseptisée de l'autre.
RépondreSupprimerJe pense que les réactions indignées sont plus un encouragement pour eux qu'autre chose. Tout acte antisémite est systématiquement médiatisé, ce qui est encourageant pour des jeunes en mal de reconnaissance. Je ne sais pas ce qu'il faudrait faire, mais la répression n'est pas une solution selon moi. L'éducation surement.
La sanction est nécessaire si elle exemplaire, de même que l'éducation si elle est adaptée. (Enfin je crois)
SupprimerBon billet qui me parle. Car souvent ces jeunes fanfarons "l'ouvrent" pour attirer le buzz, ne pensant pas aux conséquences! Ensuite ils pleurent car ils pensaient pas que... Il est donc bon de leur rappeler que si l'incitation à la haine etc etc c'est condamnable et je souhaite qu'un juge ait le courage d'aller jusqu'au bout ne serait ce que pour l'exemple, et que ce soit une peine symbolique!
RépondreSupprimerEt oui on est pas obligés de cliquer sur les liens, mais parfois du à un RT (sur twitter) on tombe quand même dessus, et oui dés fois ça fait mal!
Je crois que le problème viens de l'existence même de ces moyens de communication facile. FB ou T amplifient par leur efficacité la portée de certains propos.L'éducation des gamins d'aujourd'hui demanderait celle des jeunes d'hier et des anciens d'avant-hier: tâche pharaonique ! La sanction reste le bon moyen si elle est relayée par FB et T mais j'ai comme l'impression qu'on tourne en boucle.Solution provisoire: abstinence de visite de ces forum(s) mais solution largement insatisfaisante.
RépondreSupprimerA la limite il faudrait diffuser vos propos à grande échelle et donc reboucler la boucle! Cela me donne le vertige !
Un billet Doudette, comme je les aime.
RépondreSupprimerÀ partager sans modération.
(Bembelly)