jeudi 24 janvier 2013

Quand l'idée devient projet...

Il est des idées comme des humains dans l'Union Européenne : elles sont de libre parcours.

Ce qui signifie, lecteur non juriste, que nul ne peut breveter une idée ou la déposer comme marque. Ça ne se protège pas, une idée... ça vole, ça courre, ça chante et ça danse. Une idée, ce n'est pas original, tout le monde peut l'avoir. Peut-être que tu as la même idée que moi, exactement au même moment, qui sait...

Mon obsession du moment, c'est le bien-être des Poussins et ce que la réforme de l'Ecole - avec le E majuscule de rigueur - leur réserve. Le premier pan de cette réforme est la reforme des rythmes scolaires dont j'ai parlé , ce machin comme dirait le Général, machin qui part d'une très bonne idée (encore les idées !) et qui se transforme en usine à gaz. Comme toutes les obsédées, je parle de mes marottes à tout le monde... et comme je commence sérieusement à lasser mon entourage avec ça, j'ai envahi Twitter avec ma logorrhée. Sur Twitter, comme on est tous des obsédés de quelque chose, personne n'a trouvé à redire à mes râleries quotidiennes. Un bon paquet de ces parents qui hantent twitter sont même d'accord avec moi, dites donc. Plein d'obsédés de la réforme ! C'est chouette de trouver des gens pour râler en commun. Surtout pour nos poussins, c'est qu'ils sont importants nos poussins.

Du coup, samedi matin, une idée m'a traversé l'esprit. Une de ces idées qui passent et qu'on attrape au vol. Affalée sur mon canapé, l'oeil encore embué de ma nuit et avant mon premier café, je me suis dis : si on est tous motivés pour râler et si on a motif de râler légitime, si on râlait tous ensemble ? Et hop, trois tweets ! Toi qui ne connaîs pas twitter, ils sont sur la gauche, ces tweets, et il faut lire de bas en haut.

J'ai eu un retour de ouf ! A croire que tous les parents blogueurs (et non bloqueurs comme je l'ai malencontreusement écrit, lecteur aux yeux de lynx) étaient sur twitter samedi matin. J'ai eu rapidement une trentaine de réponses positives... et même des gens qui étaient prêts à participer plus activement. Pas seulement à signer un truc que j'aurais rédigé mais également à être moteur dans la rédaction, la conception du schmilblick, etc. Un truc de ouf, j'vous dit ! A croire qu'on avait tous eu la même idée en même temps et que j'avais juste été la première à l'exprimer.

Tout est allé hyper vite. Samedi soir, avec les trois motivés, ceux qui allaient devenir my partners in crime, on s'est échangé des emails, et dimanche Jane, Carole et moi buvions un thé studieux autour d'un ordi dans mon salon tandis qu'on tentait de ne pas perdre la liaison téléphonique avec Mauvais Père quelque part sous la neige... Nos enfants jouaient à côté et s'ils se sont battus, nous n'en avons rien su. On a super bien bossé en ce dimanche après midi. Se mettre d'accord n'a pas été difficile, nous étions sur la même longueur d'onde, chacun avec ses compétences, ses connaissances et ses idées (encore les idées...). On s'est vite rendus compte qu'on n'avait pas vraiment voté la même chose en mai dernier et on s'est dit que c'était notre force : nous étions différents, avec des opinions parfois diamétralement opposées sur bien des sujets et pourtant, sur le sujet des rythmes scolaires, nous étions parfaitement en phase. Parfois, un de nos enfants venait demander un câlin, un autre avait faim - ah zut, merdouille, on a oublié le goûter -, un autre tendait l'oreille pour se demander ce qu'on pouvait faire pendant des heures autour d'un ordi, un autre voulait faire un bonhomme de neige, un autre voulait un verre d'eau et, une heure plus tard, faire pipi, un autre encore voulait aller jouer avec les copains de l'immeuble. Non, nous n'avons pas autant d'enfants, même à nous tous, certains sont passé plusieurs fois, c'est tout. Le Doudou, placide et stoïque, lisait tranquille à côté, ne se mêlant de nos affaires que pour nous offrir un autre thé. Je vous ai dit qu'il était super mon Doudou ?

On travaillait, on travaillait, la tribune était presque prête. En parallèle, les gens se manifestaient pour la lire et éventuellement la signer. Ca allait son petit bonhomme de chemin, entre t'es sûre qu'on ne met pas de majuscule à école ? et ça s'écrit comment désoeuvrement ? Une écriture à quatre mains, pour être au plus juste de préoccupations de tous tout en tenant compte des spécificités de chacun.

Et soudain, on s'est rendus compte d'un truc : notre tribune n'était pas une idée. Elle était là. Concrète. Devant nos yeux. Elle n'était plus une idée qui passe. Et on se devait de la faire vivre, ne serait-ce que pour tous ceux qui nous avaient fait confiance pour la rédiger.

Alors, on s'est dit qu'il fallait se structurer, faire les choses bien. On a tous fait ce qu'on faisait le mieux : Jane a géré la logistique d'une main de maître (cette fille est la reine de la communication, rien ne lui échappe, même pas une feuille de pomme plus longue que l'autre), Mauvais Père a réuni les éléments techniques dont nous aurions besoin (ce gars connaît le projet de réforme, ses points forts et ses failles sur le bout des doigts), Carole a rameuté les troupes de blogueurs (si vous connaissiez l'étendue de son réseau, vous seriez dingue de jalousie) et j'ai commencé les opérations de lobbying sur twitter.

Quand on a envoyé la tribune aux signataires, on n'en menait pas large. En plus on s'est trompé dans le logo et on s'est fait grondé. Et puis j'ai fait ma juriste avec des histoires de droits, de nom déposé, de consentement exprès, bref, des trucbidules de paranoïaque et j'étais bien gonflante. On était contents... mais tendus. Les réactions ont été hyper positives ! On avait tapé dans le mille. Le satisfaction du devoir accompli. On avait dit tout haut ce que tout le monde semblait penser tout bas... On avait mis les idées des uns et des autres par écrit.

Après, il a fallu géré l'intendance. L'idée était de tous mettre le même billet en ligne avec les signatures de tous le même jour, celui de la grande mobilisation nationale contre la réforme... Or moi, ce jour là, j'étais en déplacement. De même que les deux jours précédents. Sans mon ordi personnel, sans rien pour aider les copains à finaliser la liste des signataires. Qui avait bien pu avoir cette idée débile sur la date de diffusion ? Cherchez pas. Quand je vous dis que j'ai des idées débiles ! De libre parcours, certes. Mais débiles.

Mes acolytes ont géré comme des chefs. Le compte twitter, la page Facebook, la pétition sur le blog c'est eux. Ils ont assuré. De mon exil, j'étais hyper impressionnée par leur travail. Le jour de la publication du billet, mercredi, j'ai mis le Doudou à contribution pour qu'il uploade la tribune finale sur mon blog et sur le sien. J'ai eu du mal à lâcher prise à ne pas faire ma control freak. Beaucoup de mal. S'il se plantait, je me plantais. La délégation, ça s'apprend... et ben, j'ai encore quelques cours à prendre.

Au lendemain de la publication, plus de 90 blogueurs ont signé la tribune et plus de 800 personnes ont signé la pétition. Dans le petit monde du web, c'est un succès. Nous avons attiré l'attention de plusieurs politiques, nous continuons de mobiliser.

Mais ce petit projet ne peut grandir et être audible que s'il prend de l'ampleur. Il va falloir continuer à se bouger, à convaincre et, cette fois-ci, pas uniquement dans le petit monde du web. Nous avons fait d'une idée un projet. Faisons ensemble de ce projet une réussite. Alors diffusez notre tribune sur Facebook, sur twitter, par email, imprimez là, distribuez là..., encouragez vos proches et vos moins proches à signer la pétition. Aidez nous pour aider nos enfants.

Je continuerai à vous en parler ici... mais moins. Mettez le blog de Parents Ensemble dans vos flux RSS, abonnez-vous. Suivez la page Facebook en cliquant sur like, nous y publierons des informations de façon régulière. Et si vous avez envie d'aider et de vous investir plus, dites-nous, il y a de la place pour tout le monde. Un seul mot d'ordre : mettez vos engagements politiques et syndicaux à la porte. Le seul objectif de notre mouvement : faire que nos enfants soient heureux et deviennent des adultes bien.

Juste quelqu'un de bien, lalala la lalala...




PS. Un grand merci à un cinquième larron, qui nous a bien aidé également. Il se reconnaitra. Je ne pense pas qu'il veuille être cité ici mais je tenais à lui tirer mon chapeau publiquement. Copain, tu assures !

11 commentaires:

  1. Quel beau résumé ! et merci aussi à E-Zabel qui a aussi rameuté son réseau de blogueurs :)
    et merci à tout le monde d'avoir signé et contribué au succès...
    En tout cas, plus je lis les témoignages des uns et des autres un peu partout je suis toujours aussi convaincue que cette réforme va trop vite et sera baclée si on ne prend pas le temps...

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  2. Bravo à notre lobbyiste de choc et à ses acolytes tout aussi efficaces et sympathiques ! C'est chouette, je trouve, de se réunir autour d'une idée, au-delà de(et avec) nos différences. Il y a tant à dire sur le sujet de l'Ecole ! Merci à tous.

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  3. J'avoue avoir été fébrile sut Twitter.
    Moi qui ne me suis jamais mobilisée sur autre chose que le passage du Tram dans ma rue il y a qq années.
    Donc c'est ça un "réseau" social?
    Alors c'est bien

    Merci à la team, vous avez été au top

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    1. Ça fait du bien je trouve cette émulation, ces échanges, cette mobilisation. Faut continuer.... avec l'espoir que le projet évoluera dans le bon sens.

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  4. Merci pour votre Tribune, je n'ai été qu'un (petit) relais mais j'ose espérer que ce n'est que le départ d'une réflexion collective intelligente sur la scolarité des enfants.
    Merci, merci!

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  5. J'ai été peu sur twitter ces derniers temps, trop occupée à récolter les informations éparses sur cette réforme et à mobiliser "mes" parents d'élèves.
    Mais je co-signe des deux mains.

    Pour info, j'étais à la réunion de concertation avec la mairie de Paris dans le 19ème ce soir. La salle entière, enseignants, animateurs (oui aussi !) et parents étaient contre (à l'exception notable de la présidente de la FCPE Paris alors que tous les parents du 19ème et du 18ème qui se sont exprimés, y compris, sont de la FCPE et ont clairement dit leur désaccord).
    En substance, il est ressorti que personne n'a la moindre confiance dans la capacité de la Ville à fournir des activités éducatives sur 45 min de plus le midi, personne n'en a même envie : les enseignants ne veulent pas d'une confusion éducation scolaire / éducation quoi que ce soit d'autre dans LEURS classes notamment parce que c'est déstructurant pour les enfants, les parents veulent garder le choix des activités extra-scolaires de leurs enfants et ne veulent pas être pris en otage sur la tranche du midi qui est celle où il est le plus difficile de trouver une autre solution (Colombe Brossel a confirmé que 85% des enfants parisiens vont à la cantine. Et à mon avis l'allongement de la pause méridienne augmenterait ce taux parce que s'organiser pour récupérer ses enfants 2h45 c'est encore plus compliqué que les récupérer 2h).

    Bref, nous, parents du 19ème demandons que la journée commence à 9h, finisse à 16h15 avec une pause de 12h à 14h. Nous partons du principe que la tranche matinale est celle où le plus de parents pourront trouver des solutions alternatives au périscolaire (ça mériterait une étude), que ce soit en décalant les horaires de travail ou en organisant la solidarité familiale ou de voisinage. Donc qu'il y aura peu d'enfants au périscolaire (Colombe Brossel, pour démonter l'idée, a dit que l'accueil matinal expérimenté dans le 12ème avait rencontré peu de succès. Ce qui va exactement dans notre sens !) et donc qu'il sera possible d'en faire un temps de qualité, calme, où les enfants pourront prendre un petit déj pour ceux qui n'en ont pas eu, faire ou écouter de la lecture, entrer en douceur dans la journée scolaire. L'avantage en plus, c'est que ça ne coute pas cher et donc on pourra mettre les moyens ailleurs. Sur le mercredi après-midi par exemple.
    Et si, dans le monde bisounours où vivent Anne Hidalgo et Colombe Brossel, elles nous démontrent qu'elles sont capables de mettre en place des activités topissimes le mercredi et sur les tranches actuelles du midi (2h dont 30 min de temps de cantine en comptant large - chez nous, le déjeuner est plutôt expédié en 5 minutes tant les enfants ne supportent pas le bruit - ça laisse le temps de faire des trucs intéressants, autre que jouer sur jeux.com ou faire du foot avec un animateur non formé comme actuellement). Et après on pourra discuter de leur confier nos enfants plus longtemps. Si on en a envie. Parce que ce sont NOS enfants et que la mairie n'a pas à décider pour nous, leurs parents, ce qui est le mieux pour eux.

    Cependant, à l'issue de cette réunion, je pense l'équipe municipale très décidée à faire cette réforme "ambitieuse". Sans doute pour des raisons politiques, pour pouvoir s'en targuer aux prochaines élections municipales. C'est vrai : pourquoi faire des petites choses qui fonctionnent et ne coûtent pas cher alors qu'on peut en faire des grosses coûteuses, mal ficelées et dont personne ne veut ?...
    Si on ne veut véritablement pas de l'allongement de cette pause méridienne (qui n'a aucune chance de reposer nos enfants alors que c'est quand même censé être le but), il va falloir se mobiliser TRES sérieusement.

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    1. Merciiiii ! N'hésite pas à relayer la page Facebook de parents enfants... Oui, il faut se mobiliser et pas seulement à Paris ! Les questions existent partout... et les réponses apportées sont décevantes.

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    2. ok, je vais le mettre sur la page facebook.

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