Tu parles de questions !
A toi je peux le dire, lecteur, je ne construis pas une carrière. Je construis une vie.
Et une carrière n'est pas une vie.
Je vais te dire ce que je leur dis, à ces femmes, quand je leur cause de ma vie. Parce que ça peut t'intéresser... et que ça pourra toujours me servir de pense-bête la prochaine fois qu'on me posera la question.
Première règle : il n'y a pas de règle
On n'est pas tous obligés de "faire carrière" au sens classique du terme. Toutes les femmes, tous les hommes n'ont pas envie de devenir calife à la place du calife. La règle up or out (qui veut que si tu ne montes pas dans la hiérarchie, il te faut partir) est une règle idiote. Certains sont très heureux où ils sont, avec ce qu'ils font, le font très bien et n'ont pas envie de changer.
Ce qu'il faut, c'est se sentir bien dans sa vie à un moment donné. Le travail fait partie de la vie mais n'est pas toute la vie. Moi, par exemple, au début, je voulais monter les échelons très très vite. Je l'ai fait. Et maintenant, je n'ai plus envie de les monter très très vite. Ca reviendra peut-être.
Il faut qu'on apprenne à respecter les envies et les besoins de chacun et ne pas jauger les parcours des autres à l'aune de nos propres aspirations.
Deuxième règle : il faut connaitre ses valeurs et fixer ses priorités
Ca m'a pris 38 ans mais maintenant je sais quelles sont mes valeurs. Avant, tel le Sieur Jourdain, je vivais peu ou prou en accord avec ces valeurs mais je ne le savais pas. Depuis qu'on me demande de le formaliser, j'ai du y réfléchir forcément.
Alors voilà, je vous dis tout.
Ca tient à mon histoire familiale et personnelle. Chacun a la sienne et donc son propre parcours. En ce qui me concerne c'est désormais assez simple : mon objectif est de finir vieille et encore heureusement mariée avec le Doudou.
Pour cela, il faut que lui comme moi puissions nous retourner sur nos vies quand nous aurons 80 piges avec la satisfaction du bonheur accompli. Cela suppose qu'aucun de nous n'ait de regret. Ni lui ni moi ne devra avoir le sentiment qu'il aura fait plus de sacrifices que l'autre. Nous devrons nous soutenir, prendre ensemble nos décisions de carrière et respecter les envies et les choix de l'autre.
Pas facile, hein ! Mais une famille se construit à deux... et, vu le temps passé à travailler, le travail fait partie de la vie de la famille. L'un n'est pas exclusif de l'autre.
Troisième règle : ne pas envisager la retraite et travailler en fonction de ce postulat
A la différence de nos parents, je ne crois pas pouvoir m'arrêter de travailler avant de ne plus en être capable (je vise 70 ou 75 ans), compte tenu de l'état des finances publiques et de mes finances privées. Je me prépare à l'inéluctable : je ne serai jamais rentière. Les baby-boomers sont passés par là !
Je conçois donc la vie comme un temps où il faut, chaque jour, trouver le juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Je cultive mon jardin privé (où j'ai semé ce blog et quelques autres passions) aussi bien que je cultive les terres agraires de mon employeur. L'un ne va pas sans l'autre. Il y a désormais des ponts entre les deux. Et cela me semble essentiel.
Des vies linéaires (20 ans d'étude, 40 ans de travail, 20 ans de retraite) doivent désormais être considérées comme de l'histoire que nos enfants étudieront, au même titre que la chute du mur de Berlin, le 11 septembre 2011 ou les révolutions arabes. Notre réalité sera leur passé.
Dès lors, avoir une vie privée riche permet d'enrichir sa vie professionnelle et de ne pas ressentir la frustration de celui qui se sent dépassé et enfermé dans un travail dont il ne voit pas le bout.
Quatrième règle : nous aurons plusieurs métiers, plusieurs statuts
Non seulement nous aurons plusieurs employeurs, c'est quasi-certain, mais surtout nos carrières évolueront entre plusieurs métiers, plusieurs statuts. Le temps où l'on entrait employé de bureau et où l'on finissait cadre supérieur dans la même entreprise est révolu. On sera alternativement salarié et indépendant, on bougera, on évoluera, on créera de nouveaux métiers à mesure que de nouveaux besoins apparaitront.
C'est le sens de notre société qui zappe vite mais aussi le moyen de continuer à s'amuser en travaillant.
Si l'on part du postulat ci-dessus qu'on travaillera jusque très tard, il est essentiel que nous trouvions le moyen de rendre le travail excitant et ludique et que l'on soit prêt à évoluer dans des directions que nous n'imaginions pas en sortant de l'école.
J'en suis peu ou prou à mon quatrième métier... et jusqu'ici, tout va bien.
Cinquième règle : saisir les opportunités
Je n'ai pas construit ma carrière, je l'ai subie. Pour chaque opportunité professionnelle, j'ai su saisir la main qu'on me tendait, la proposition qu'on me faisait. Certains appellent ça lâcher la proie pour l'ombre, je considère plutôt que j'ai toujours cru que je saurai rebondir et n'ai donc pas hésité à essayer des métiers nouveaux qui n'avaient que 50 à 70 % de rapport avec mon métier précédent.
J'ai accepté ces métiers parce que je présageais que, si j'avais la base, le reste suivrait. Je ne me suis pas trompée.
Et ne venez pas me dire que des opportunités comme ça, vous n'en avez jamais, vous ! Les opportunités ça se crée. Bien gérer ses réseaux. Savoir vendre son travail, lequel ne se vendra pas tout seul. Et les opportunités arrivent.
Ne pas hésiter à parler, à demander, à proposer. La pire des réponses est non. Une telle réponse ne vous met dans une situation ni pire ni meilleure que celle ou vous étiez avant de demander. Alors, voilà, si vous avez une idée, un projet, faites en part à qui cela peut intéresser. On ne sait jamais, ça peut marcher !
Maintenant, je vous laisse, j'ai deux-trois décisions importantes à prendre dans les prochains mois, faut que j'en cause au Doudou (cf. deuxième règle).