dimanche 7 avril 2013

Construire sa carrière

Parfois, on me plante sur une estrade, devant une assemblée inconnue, généralement majoritairement féminine, et on me demande comment je construis ma carrière. On insiste aussi pour que je fournisse des trucs et astuces pour réussir une carrière et briser le plafond de verre.

Tu parles de questions !

A toi je peux le dire, lecteur, je ne construis pas une carrière. Je construis une vie.

Et une carrière n'est pas une vie.

Je vais te dire ce que je leur dis, à ces femmes, quand je leur cause de ma vie. Parce que ça peut t'intéresser... et que ça pourra toujours me servir de pense-bête la prochaine fois qu'on me posera la question.


Première règle : il n'y a pas de règle

On n'est pas tous obligés de "faire carrière" au sens classique du terme. Toutes les femmes, tous les hommes n'ont pas envie de devenir calife à la place du calife. La règle up or out (qui veut que si tu ne montes pas dans la hiérarchie, il te faut partir) est une règle idiote. Certains sont très heureux où ils sont, avec ce qu'ils font, le font très bien et n'ont pas envie de changer. 

Ce qu'il faut, c'est se sentir bien dans sa vie à un moment donné. Le travail fait partie de la vie mais n'est pas toute la vie. Moi, par exemple, au début, je voulais monter les échelons très très vite. Je l'ai fait. Et maintenant, je n'ai plus envie de les monter très très vite. Ca reviendra peut-être. 

Il faut qu'on apprenne à respecter les envies et les besoins de chacun et ne pas jauger les parcours des autres à l'aune de nos propres aspirations. 


Deuxième règle : il faut connaitre ses valeurs et fixer ses priorités

Ca m'a pris 38 ans mais maintenant je sais quelles sont mes valeurs. Avant, tel le Sieur Jourdain, je vivais peu ou prou en accord avec ces valeurs mais je ne le savais pas. Depuis qu'on me demande de le formaliser, j'ai du y réfléchir forcément. 

Alors voilà, je vous dis tout. 

Ca tient à mon histoire familiale et personnelle. Chacun a la sienne et donc son propre parcours. En ce qui me concerne c'est désormais assez simple : mon objectif est de finir vieille et encore heureusement mariée avec le Doudou. 

Pour cela, il faut que lui comme moi puissions nous retourner sur nos vies quand nous aurons 80 piges avec la satisfaction du bonheur accompli. Cela suppose qu'aucun de nous n'ait de regret. Ni lui ni moi ne devra avoir le sentiment qu'il aura fait plus de sacrifices que l'autre. Nous devrons nous soutenir, prendre ensemble nos décisions de carrière et respecter les envies et les choix de l'autre. 

Pas facile, hein ! Mais une famille se construit à deux... et, vu le temps passé à travailler, le travail fait partie de la vie de la famille. L'un n'est pas exclusif de l'autre.


Troisième règle : ne pas envisager la retraite et travailler en fonction de ce postulat

A la différence de nos parents, je ne crois pas pouvoir m'arrêter de travailler avant de ne plus en être capable (je vise 70 ou 75 ans), compte tenu de l'état des finances publiques et de mes finances privées. Je me prépare à l'inéluctable : je ne serai jamais rentière. Les baby-boomers sont passés par là ! 

Je conçois donc la vie comme un temps où il faut, chaque jour, trouver le juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Je cultive mon jardin privé (où j'ai semé ce blog et quelques autres passions) aussi bien que je cultive les terres agraires de mon employeur. L'un ne va pas sans l'autre. Il y a désormais des ponts entre les deux. Et cela me semble essentiel. 

Des vies linéaires (20 ans d'étude, 40 ans de travail, 20 ans de retraite) doivent désormais être considérées comme de l'histoire que nos enfants étudieront, au même titre que la chute du mur de Berlin, le 11 septembre 2011 ou les révolutions arabes. Notre réalité sera leur passé. 

Dès lors, avoir une vie privée riche permet d'enrichir sa vie professionnelle et de ne pas ressentir la frustration de celui qui se sent dépassé et enfermé dans un travail dont il ne voit pas le bout. 


Quatrième règle : nous aurons plusieurs métiers, plusieurs statuts

Non seulement nous aurons plusieurs employeurs, c'est quasi-certain, mais surtout nos carrières évolueront entre plusieurs métiers, plusieurs statuts. Le temps où l'on entrait employé de bureau et où l'on finissait cadre supérieur dans la même entreprise est révolu. On sera alternativement salarié et indépendant, on bougera, on évoluera, on créera de nouveaux métiers à mesure que de nouveaux besoins apparaitront.

C'est le sens de notre société qui zappe vite mais aussi le moyen de continuer à s'amuser en travaillant. 

Si l'on part du postulat ci-dessus qu'on travaillera jusque très tard, il est essentiel que nous trouvions le moyen de rendre le travail excitant et ludique et que l'on soit prêt à évoluer dans des directions que nous n'imaginions pas en sortant de l'école. 

J'en suis peu ou prou à mon quatrième métier... et jusqu'ici, tout va bien.


Cinquième règle : saisir les opportunités

Je n'ai pas construit ma carrière, je l'ai subie. Pour chaque opportunité professionnelle, j'ai su saisir la main qu'on me tendait, la proposition qu'on me faisait. Certains appellent ça lâcher la proie pour l'ombre, je considère plutôt que j'ai toujours cru que je saurai rebondir et n'ai donc pas hésité à essayer des métiers nouveaux qui n'avaient que 50 à 70 % de rapport avec mon métier précédent.

J'ai accepté ces métiers parce que je présageais que, si j'avais la base, le reste suivrait. Je ne me suis pas trompée.

Et ne venez pas me dire que des opportunités comme ça, vous n'en avez jamais, vous ! Les opportunités ça se crée. Bien gérer ses réseaux. Savoir vendre son travail, lequel ne se vendra pas tout seul. Et les opportunités arrivent.

Ne pas hésiter à parler, à demander, à proposer. La pire des réponses est non. Une telle réponse ne vous met dans une situation ni pire ni meilleure que celle ou vous étiez avant de demander. Alors, voilà, si vous avez une idée, un projet, faites en part à qui cela peut intéresser. On ne sait jamais, ça peut marcher ! 


Maintenant, je vous laisse, j'ai deux-trois décisions importantes à prendre dans les prochains mois, faut que j'en cause au Doudou (cf. deuxième règle).

mardi 2 avril 2013

Nous sommes tous responsables

Et voilà, Cahuzac a admis la vérité. Il a un ou plusieurs comptes à l'étranger, comptes non déclarés aux services fiscaux français. Cahuzac est donc techniquement un fraudeur (les juges diront à quel point) et un menteur (ses électeurs sauront sans doute en tirer les conséquences).

Je l'ai dit ailleurs : il faut remettre de l'Ethique en politique. Et il faut que tous, médias et politiques se remettent en cause, comme l'écrit justement Authueil dans un billet auquel je souscris pleinement.

Mais je vais plus loin : il faut que nous tous, individuellement et collectivement, remettions en cause notre façon de voir les règles qui nous gouvernent. Nous avons besoin d'éthique et de valeurs morales. Nous avons besoin de penser le droit sans exception. Nous ne pouvons à la fois critiquer à juste titre les errements et les passe-droits de ceux qui nous gouvernent et ne pas nous appliquer les mêmes valeurs.


Individuellement, d'abord.

Où commence la fraude ?
Toi, tu payes ta femme de ménage en partie au black, parce que ça coûte trop cher, parce qu'elle te le demande pour rester non-imposable, gagnant-gagnant.
Toi, tu encaisses une partie de tes honoraires en liquide parce que comme ça, tes clients ne supportent pas la TVA et tu leur rends service.
Toi, tu crois que tu peux t'affranchir de mettre en place des institutions représentatives du personnel,  tant que personne ne demande, tu ne vois pas l'intérêt et tes salariés sont contents, tu les traites bien.
Toi, tu fais des petits travaux de couture payés en espèce ou en nature en plus de ton travail habituel pour arrondir tes fins de mois.
Toi, tu as donné des sous à tes petits enfants de la mano à la mano parce qu'ils en avaient besoin pour s'acheter un appartement et que, vu la somme, ça valait pas le coup de déclarer une donation.
Toi, tu donnes des sous comme ça, à la voisine pour garder ton bébé pendant que tu es payée et déclarée pour garder les enfants des autres.
Toi, tu rapportes des faux Vuitton de Chine parce que ce sont des vrais, de vrais vrais et vu le prix, c'est une affaire.
Toi, ça te gonfle la paperasse, alors peut-être que oui, tu as perdu des documents justificatifs mais tu es de bonne foi, c'est ça qui compte.
Toi, un coiffeur par mois, ça te semble une charge déductible valable, après tout, dans ton métier, tu dois toujours être impec.
Toi, tu fais le plein avec la carte essence tous les vendredi soirs pour partir en weekend, vu ce que ton employeur te paye, c'est normal.
Cette liste de petits arrangements est infinie... hélas.

Or, si nous pouvons - et devons - reprocher leur non-irreprochabilité aux politiques qui nous gouvernent, ne nous faut-il aussi repenser notre approche aux petits arrangements ? Bien sûr, les montants en jeu n'ont rien à voir avec ce que Monsieur Cahuzac admet avoir à l'étranger. Bien sûr, que ces petits arrangements sont des gouttes d'eau. Mais ne devrions-nous nous poser ces questions évidentes : quels citoyens sommes-nous ? quels citoyens voulons-nous être ? Y a-t-il une fraude acceptable (par son montant, par son objet) et une fraude non acceptable ? Où est la limite ? qui fixe la limite ? Et admettre que, hors le cadre légal, rien n'est acceptable.


Collectivement aussi, nous devons nous interroger sur la société que nous voulons.

Je viens de terminer le livre de François Bayrou de la vérité en politique. Il faut lire le livre, pas pour l'homme qui - à trop vouloir un destin personnel - en a oublié le destin collectif mais pour ce qu'il dit de notre système politique et des besoins de notre pays. Je ne veux en citer qu'un passage, vers la fin :

Reste une dimension dont ne peuvent rendre compte ni les réflexions sur la démocratie ni les programmes. C'est une dimension plus intérieure : celle qui fait appel à la conscience des citoyens et des animateurs du débat public.
Les hommes de conscience, conscience de citoyen et de père de famille, ne sont pas déplacés dans le monde politique. Au contraire, chaque fois que les temps deviennent graves, cette dimension intime et personnelle appelle sur eux la conscience. Dans les temps graves, ce sont les joueurs et les cyniques qui disparaissent de la scène et, si l'on y réfléchit, rien n'est plus logique.
Il y a dans la question de la vérité en politique un appel à ces hommes de conscience qui, au delà d'une juste vision du réel, au delà des institutions, auront la charge tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, du destin de reconstruire ce pays.


Si nous ne posons pas la question collectivement de ce que notre conscience nous dicte, de ce qu'il convient de faire et de dire pour être honnête avec les autres et avec nous-mêmes, notre société va droit dans le mur. Les mises en examen successives de Nicolas Sarkozy et de Jerôme Cahuzac vont avoir pour effet quasi-automatique que ce que ceux qui se sentent loin de nos élites vont s'en éloigner encore plus. Les partis de rejet de l'ordre établi, les extrêmes droite et gauche, devraient s'en trouver renforcés.

Il est donc essentiel, ne serait-ce que pour rester crédibles, que les partis politiques mettent une certaine éthique au centre de leurs préoccupations. Il ne suffit pas d'affirmer haut et fort qu'on doit avoir un discours de vérité. Encore faut-il l'avoir. Ce n'est pas vendeur. Ce n'est pas électoralement efficace à court terme. Mais je veux croire que nombre de personnalités politiques sont aussi des parents. Ils doivent désormais penser à l'avenir qu'ils veulent laisser à leurs enfants, à nos enfants. Laisser l'intérêt individuel à la porte. Porter l'intérêt collectif à long terme, au regard de la dette que nous laissons au générations futures. Au lieu de pointer le doigt sur la mandature précédente, cause de tous les maux, parlons du présent. Parlons de l'avenir.

Puisque nous sommes tous responsables, retroussons-nous tous les manches. Militants de tous les partis, révoltez-vous ! Commençons par introduire des commissions éthiques indépendantes dans les partis politiques, des commissions dont la fonction serait d'analyser les propositions non à l'aune de tels ou tels intérêts particuliers ou électoraux immédiats mais dans le cadre d'un projet plus global, un projet à long terme que le parti aurait fixé auparavant. Une commission qui, outre les projets politiques, vérifierait également les flux financiers, les élections internes. Une commission indépendante, avec des personnalités irréprochables, non membres du parti, non affiliées. Tout n'est pas politique. L'UMP a une charte des valeurs, partons de là par exemple. Qui à l'UMP vérifie que cette charte des valeurs n'est pas piétinée ?


J'aime la politique, nombre de mes amis ont sacrifié leur temps libre, leurs weekends et même une partie de leur vie privée à leurs engagements. Ils méritent que, collectivement et individuellement, on s'engage à leurs côtés pour que nos petits arrangements ne deviennent pas une excuse pour de plus gros arrangements, lesquels pourraient être fatals à la démocratie telle que nous la connaissons.

samedi 30 mars 2013

Pickpocket : un iPhone, Doudette : zéro.

Et bien voilà, ça devait arriver.

A quarante ans, après des années sans que la petite délinquance se soit jamais attaquée à moi, c'est fait : je me suis fait voler mon iPhone par un sale petit con de pickpocket.

Je n'ai rien senti. L'iphone était dans la poche de mon manteau. J'avançais, gaillarde, sur le parvis bondé de la Gare de Paris Bercy, cette gare que personne ne connaît et qui dessert la Bourgogne. J'avais un sac de pique-nique dans une main, la Poussinette bougonnante dans l'autre. Le Poussin chantait son soixantième kilomètre à pied, ça use, ça use, ça use les souliers. Nous partions gaiement chercher notre train pour aller, malgré le temps hostile, ouvrir notre campagne chérie. Le Doudou y était depuis le matin, l'eau était de nouveau chaude et les radiateurs allumés. Fallait bien ça pour braver les températures printanières-tu-parles-!

Soudain, alors que nous étions à deux mètres des portes de la gare, une dame m'a tapé sur l'épaule :
- Vous venez de vous faire voler votre portable. Là.
Et de pointer, de son index fripé, une direction improbable, vers la foule compacte qui se débattait dans des flux contraires, ceux qui veulent sortir, ceux qui veulent enter.
J'ai lâché la main de la Poussinette. Couru dans la direction indiquée en hurlant AU VOLEUR ! AU VOLEUR ! comme dans les films. Les enfants se sont élancés après moi. Nous fendions la foule, avec la grâce d'une famille d'éléphants tentant de s'abreuver, sous le regard incrédule de voyageurs pressés qui savaient ce que nous devinions déjà : le voleur était loin.

Un Monsieur téléphonait les oreillettes filaires plantés dans ses orifices auriculaires, hurlant des ordres improbables à un interlocuteur qui devait penser qu'en ce vendredi soir, il avait mieux à faire que d'y obéir. J'ai interrompu leur conversation. J'ai dit que je m'étais fait voler mon téléphone, je lui ai demandé de me prêter le sien pour prévenir mon mari. Il m'a jaugé. A vu les enfants. A sans doute considéré que mon niveau de dangerosité était minimal et qu'il pouvait prendre le risque de me prêter son precious. J'ai composé le numéro de portable du Doudou. Ai laissé un message sur le répondeur.

J'ai alors réalisé que, à la campagne, le GSM ne capte pas, que le Doudou n'aurait pas mon message avant longtemps. Or, le temps, c'est de l'argent, surtout quand un petit con peut appeler à tes frais au bout du monde. J'ai bien pensé à retourner voir le Monsieur aux oreillettes filaires mais je ne l'ai pas retrouvé. On a discuté avec les enfants, on a envisagé des hypothèses. Une dame, qui nous écoutait sans doute, m'a proposé son téléphone. J'ai appelé ma mère. Le seul numéro que je connaissais par coeur. Je ne connais pas le numéro de la ligne fixe de ma campagne. Il est dans mon téléphone. Je n'ai jamais eu besoin de l'apprendre par coeur. Qui apprend encore des numéros de téléphone par coeur ? Ma mère a le numéro de ma campagne dans son téléphone. Elle a promis d'appeler le Doudou dès qu'on aurait raccroché.

J'ai pris les billets de train. La Poussinette pleurait. Je lui avait refilé mon stress. J'ai fini par comprendre pourquoi elle pleurait. Elle croyait qu'il n'y avait pas de voleurs à Paris. Une autre dame nous a entendu.  Elle m'a proposé son portable pour qu'on appelle quelqu'un. Pour rassurer la Poussinette. J'ai rappelé ma mère. Elle a confirmé que le Doudou était informé, qu'il faisait le nécessaire. Le Poussin a alors dit à sa soeur "tu vois, pas besoin de pleurer, papa a bloqué la ligne, on est tranquille". La Pousinette n'avait pas l'air convaincue mais elle a arrêté de pleurer.

On a expliqué notre histoire à la dame des Informations. Elle a confirmé qu'il n'y avait pas de poste de police à proximité. Elle nous a cependant donné le numéro du quai avant qu'il soit annoncé sur le tableau. On est monté dans le train avant tout le monde. On a trouvé des super places, dans un carré. Quand le quai a enfin été annoncé, les gens sont montés et il n'y avait pas de place pour tout le monde. Beaucoup ont voyagé debout, se sont plaints au contrôleur, lequel a admis qu'il ne pouvait rien faire, que c'était un TER, qu'on ne réservait pas les places. Une dame a râlé que c'était injuste, qu'elle voulait une remise. Le contrôleur a dit que ce n'était pas prévu. Si j'avais eu mon iPhone, j'aurais sans doute raconté la scène. En l'absence de live-tweet possible, j'ai juste pensé : Merci la dame des Informations.

Pendant que nous étions dans le train, très très lent, qui nous emmenait en Bourgogne, le Doudou s'activait. Mais nous ne le savions pas. Il lançait la localisation du téléphone, lequel était déjà hors circuit, faisait bloquer la ligne, vérifiait les appels émis avant le blocage de la ligne (2 appels de moins de 3 minutes vers l'Algérie), changeait mes mots de passe gmail, Twitter et Facebook, alertait les réseaux sociaux du vol, pour prévenir toute usurpation d'identité.

J'ai porté plainte soir le soir même, juste après notre arrivée à destination. A l'hôtel de police, ce n'était pas le foule des grands jours. Un gentil policier, qui avait visiblement dignement arrosé le dîner, nous a fait attendre dix minutes.
- C'est pas Paris ici, c'est la Province, y a la fin du match, on s'occupe de vous après, ça vous dérange pas ?
Ça ne nous dérangeait pas. Le foot, c'est sacré dans cette ville.
La Poussinette était ravie d'être à la police, de voir comment ça fonctionnait pour de vrai.
Une fois le match fini, un zéro-zéro pas glorieux, le gentil policier a pris ma plainte et a noté les numéros appelés par le petit con. Il a dit qu'ils vérifieraient sans doute. Parce que ça peut être une bande organisée. Je me suis inquiétée des données dans l'iPhone et de l'usage qui pouvait en être fait. Il a dit :
- En général, ils effacent tout et ils revendent aussitôt. 
J'ai souri. Presque soulagée. Presque.
Il manquait des pièces pour la plainte. On a proposé de les envoyer par email. Le gentil policier nous a donné son adresse @interieur.gouv.fr. Elle est drôlement moderne la police maintenant !

On est rentrés à la maison. Ma maison.

Ça allait déjà mieux.

Tu vois, lecteur, y a deux leçons à retenir de cette soirée :

  • leçon numéro un : la solidarité existe, nombreux sont ceux qui nous ont aidé spontanément ;
  • leçon numéro deux : les policiers sont sympas (et un peu modernes).
Et ça, ce sont des leçons qui font oublier les sales petits cons de pickpockets !

samedi 23 mars 2013

Du juridique à l'éthique en politique, y a un hic !

Non, je ne sais pas si Sarkozy a abusé d'une vielle dame.
Je ne sais pas non plus si Cahuzac a un compte en Suisse, de même que je ne sais pas ce qu'il y a dans le dossier Karachi, le dossier Tapie/Lagarde ni dans aucun dossier évoqué par la presse.
Je n'ai pas accès aux dossiers fiscaux, judiciaires ou policiers.
Je ne sais rien.
Je n'ai donc aucune certitude, à peine quelques opinions.

Ce que je sais en revanche, c'est que le droit est un outil, qu'il fixe des règles et des limites.
Ce que je sais, pour avoir été longtemps avocat, c'est que, en droit, tout est affaire d'interprétation.
Ce que je sais, par exemple, c'est qu'il n'y a qu'un pas entre une optimisation fiscale réussie et une fraude fiscale interdite.
Et ce que je sais, surtout, c'est qu'on peut utiliser les règles de droit au profit de nobles causes mais également de très mauvais desseins.

Et c'est là qu'il convient de se poser les bonnes questions.
Le droit, c'est bien.
C'est utile.
Il faut des règles.
Il faut des limites.
Mais à force de jouer avec ces règles, de pousser les limites, d'anticiper sur leur interprétation par les juges, de se tenir toujours au bord de la crête, on prend des risques.
D'abord on peut vite avoir le vertige, lequel est mauvais conseiller.
Ensuite, on peut vaciller et se rattraper avec des moyens peu orthodoxes. Peu importe qui tient la corde, pourvu qu'on remonte la pente.
Enfin - et surtout - on peut faire le grand plongeon, lequel s'avère souvent fatal.

Le droit sans éthique n'est rien.
Il faut être juste avec soi-même et avec les autres avant de prendre une décision, quelle que soit la décision.
Surtout quand cette décision est politique.

Parlez avec les militants, parlez avec les élus politiques. Quels que soient les partis.
Ils vous raconteront les compromis, les compromissions, les opérations de communication, les alliances de raison, les alliances de circonstance, les trahisons, les tactiques.
Rarement ils vous raconteront leurs programmes, leurs projets, leurs parcours.
Si vous leurs demandez quelles sont leurs valeurs, celles qui les font vivre, qui les rendent heureux, qui font d'eux des hommes et des femmes libres, ils seront bien en peine de répondre.
Certains réciteront les "valeurs" affichées par leurs partis, d'autres évoqueront de grands principes...

Restent ces valeurs qui justifient qu'on se retourne sur sa vie à 80 ans en se disant qu'on a été un homme ou une femme juste, ein Mensch.
Ces valeurs là, je ne sais pas si les politiques y pensent souvent.
Mais j'aimerais qu'ils le fassent.
J'aimerais qu'avant de se demander s'ils ont le droit de prendre telle ou telle décision, les politiques s'interrogent pour savoir si la décision qu'ils entendent prendre est juste.
J'aimerais qu'avant d'appeler un avocat ou de transmettre à leurs services juridiques, les politiques interrogent leur conscience.

Ce n'est pas parce qu'on a le droit d'agir qu'il faut agir.

Si les politiques réalisaient que l'éthique précède le juridique, il n'y aurait plus d'affaire.

Remettons de l'éthique dans la politique.

Vite.

Il en va de la survie de notre démocratie.

samedi 16 mars 2013

Le pape est mort (ah non), vive le Pape !

Ça y est !

Les catholiques ont un nouveau pape. Et quelque chose me dit qu'avec lui, ça va être rock & roll. Déjà, en trois jours, il a du se mettre à dos une partie de l'establishment catholique. Si j'en crois la presse, c'est un pape qui a toujours refusé les ors de l'Eglise, se promène a pied et n'aime pas les tralalas. Et là, à peine élu, il ose balancer qu'il voudrait "une église pauvre, pour les pauvres". J'attends le jour où il va demander aux cardinaux de renoncer à leurs somptueux appartements de fonction, à leurs serviteurs et à leurs voitures avec chauffeur. Ça va swinguer !

Tu te demandes pourquoi, moi, qui ne suis pas catholique et ne crois en rien d'autre qu'en l'homme, je cause de ce pape. Je ne suis pas légitime. Je ne me reconnais pas en lui. Et quelque chose me dit qu'il n'en a rien à faire de moi.

Mais quand même, j'en parle.

J'en parle comme tout le monde en parle, parce que l'élection d'un pape n'est pas un évènement anodin. Le pape est le chef unique d'un des plus grands lobbys internationaux. Et même si François a mis les choses au clair dès son élection, en distinguant l'Eglise d'une ONG, l'influence de l'Eglise sur la politique de certains pays est certaine. On me souffle dans l'oreillette que l'Eglise n'est pas très efficace comme lobby et que des lois sur la contraception, le divorce, l'avortement, le mariage entre homosexuels sont en vigueur un peu partout dans le monde. Dont acte. Reste que, pas très loin de chez nous, en Irlande notamment, l'avortement reste interdit. Et ailleurs dans le monde, même si elle décline, l'influence des catholiques reste essentielle. Je ne peux donc pas être indifférente à ce que le chef des catholiques va bien pouvoir raconter sur ces sujets qui me concernent en tant qu'être humain, que femme et que mère. D'ailleurs, vu le peu que je sais de ce pape, j'ai peu d'espoir qu'il interprète les textes qu'il croit sacrés d'une façon bien différente de ses prédécesseurs. D'abord pour une question de génération (il a 76 ans et ce n'est pas à cet âge qu'on fait une révolution, fut-elle de velours), ensuite parce que, pour être élu pape, il faut être un minimum consensuel.

Je parle également de ce pape en ce que son élection illustre parfaitement notre façon d'observer, de vivre, de commenter et de retenir l'actualité.

D'abord, l'épisode rigolo de la mouette-goéland qui tournicotait autour de la cheminée de la chapelle Sixtine fut révélateur de notre incapacité à nous extraire de l'immédiateté. A force de n'avoir rien à dire, les oracles médiatiques en furent rendus à commenter les allers et venues de cet oiseau, lequel oiseau n'était annonciateur que du néant de nos paroles vides de sens. Là où le silence aurait dû s'imposer, alors qu'il n'y avait rien à dire, on a glosé... L'homme n'aime pas le vide. Et le silence est un vide. Il n'est venu à l'idée de personne de profiter de ce temps d'attente pour des analyses de fond sur le place du catholicisme dans le monde, son rapport avec les autres religions, avec les autorités politiques, son rôle social, son rôle éthique. Nan, nan, nan. La mouette était là. Elle ne faisait rien. Il était essentiel de le dire.

Cette mouette en mondovision aurait-elle été aussi commentée si l'on avait pas des outils où non seulement les journalistes mais également toi, moi et quiconque a un accès internet peuvent désormais y aller de leur petite blague ? A cette question, je ne sais répondre. Comme à tant d'autre. Le mystère, lecteur, le mystère...

Ensuite, ces deux photographies, twittées par NBC News et représentant la place Saint-Pierre de Rome, m'ont stupéfaite.


Même si ces photographies ne sont pas prises exactement au même endroit ni au même moment, elles démontrent l'importance prise par la machine au cours des dix dernières années. Même quand on est sur le lieu des faits, quelques que soient les faits, sait-on désormais les voir autrement qu'à travers un écran, dont les limites sont forcément réductrices ? Sait-on encore se poser et profiter du moment, sans vouloir absolument garder une trace de l'évènement vécu ? Notre mémoire réelle, celle qui finira au fil du temps par déformer nos souvenirs, est-elle désormais obsolète ? Dans dix ans, mes amis catholiques, ceux qui ont suivi heure par heure ce conclave et les jours qui l'ont précédé, garderont-ils en mémoire ce qu'ils ont vécu où bien ce qu'ils auront lu, enregistré et digéré sur twitter, la presse en ligne, les blogs et (encore un peu) la télévision ? Et leur image rétinienne de l'évènement sera-t-elle un rectangle, celui par lequel ils ont immortalisé la scène, ou sera-t-elle plus large, un plan que seul l'horizon délimite ? Tant de questions auxquelles je ne sais pas répondre mais qui me semble essentielles à une meilleure compréhension de notre monde.

La vitesse à laquelle l'information circule participe également de ce que l'élection de ce pape va bien au delà d'un évènement pour et par les catholiques du monde. Le rôle trouble du pape au moment de la dictature argentine, ses positions contestables sur l'homosexualité, "démon infiltré dans les âmes" mais également ses prises de position sur l'économie de marché ont fait le tour de la toile - univers virtuel non borné - en trois jours. Encore une fois, tous, même les moins concernés, ont un avis sur la question. Parce que le pape n'est pas n'importe qui. Il a un pouvoir plus important que ce qu'affirment les catholiques et sans doute moins important que ce qu'ils espèrent.

Tenez, par exemple, quand on est juif, il est toujours bon de savoir ce que sera la position du pape envers la communauté juive. Le pape avait, en temps que cardinal, de bonnes relations avec cette communauté. Pas de raison que ça change. Nous voilà rassurés ! J'imagine que les musulmans aussi tentent de sonder le terrain. Alors, ce pape, quel rapport à l'Islam ?

Personnellement, je n'ai aucun avis sur le pape lui-même et suis heureuse de vivre dans un pays qui n'a pas à se soucier de son opinion quand ses élus votent des lois. En cela je trouve les félicitations de notre François à nous, Président de tous les français, dignes et républicaines. On me dira, comme l'a fait mon père, cet anti-clérical sur le retour, que - quand même ! - Hollande aurait pu se fendre d'une lettre un peu plus chiadée, rapport à l'histoire, la France, fille aînée de l'Eglise, le chanoine de Latran et la messe à Notre-Dame. J'ai du mal à être convaincue. Depuis 1905, quelle que soit le passé, l'Eglise et l'Etat ne sont plus intrinsèquement liés. Ainsi soit-il.


mardi 12 mars 2013

le casse-tête des vacances scolaires

On a beaucoup parlé du rythme hebdomadaire des écoles, des enseignants et des élèves (lesquels ne sont pas forcément alignés comme chacun commence à s'en rendre compte) mais peu du rythme annuel... sauf pour dire qu'il faudrait s'en occuper parce qu'on ne peut pas repenser l'école sans repenser son organisation globale. Je vous rappelle, lecteurs étourdis, que l'un des gros reproches fait à la réforme des rythmes scolaires est qu'elle ne tient pas compte du découpage de l'année, ce qui quand même est un peu fort - de café soluble ! -, vu que plus on bosse, plus on a besoin de se reposer.

Je ne vais pas ici vous parler de ce qui est mieux pour l'enfant, pour la famille, pour les enseignants ou pour l'industrie du tourisme. La littérature sur le sujet abonde et chacun a son avis sur le sujet.

Je vais me contenter de vous raconter mon casse-tête de mère de famille qui travaille (et dont l'époux travaille également, sinon c'est trop fastoche !) afin de faire garder et d'occuper la marmaille à chaque période de vacances scolaires. Objectif : tenter d'allier le culturel, le sportif, la famille, les vacances des cousins, les nôtres - parents travailleurs - et un coût acceptable. Si vous avez jamais tenté de démontrer la quadrature du cercle, vous devriez être en mesure de saisir les affres qui m'assaillent chaque année.

Quatre fois deux semaines de petites vacances dans l'année, une fois neuf semaines de grandes vacances, soit dix-sept semaines d'oisiveté à remplir. En sachant que, à titre personnel, je peux leur en consacrer cinq, voire six, si je me débrouille bien avec les ponts. Et que, de toutes façons, même quand je suis en congés, j'ai un oeil au blackberry qui rougit parce que - va savoir pourquoi ! - l'impensable urgence tombe toujours quand je suis en vacances !

Pour les petites vacances, on compte sur les grands-parents, après avoir épuisé tous les plans B. La Colo ? Le Doudou ne veut pas : les enfants sont trop petits, ils ne vont pas se plaire, ils vont paniquer, il y aura trop de monde, les autres enfants sont méchants, les animateurs ne sauront pas s'occuper de nos enfants, lesquels enfants vont se faire manger par le grand méchant loup ! Il va me falloir des mois, voire des années, de petites touches de persuasion pour le faire changer d'avis. Je compte sur les échanges internationaux pour avoir raison de ses réticences. Parler l'anglais avec des anglais, ça devrait le convaincre... un jour. Le Centre aéré ? Bof bof... pas idéal de rester à Paris dans la pollution. D'où les grands-parents.

Le problème des grands-parents, c'est qu'ils ont aussi une vie qui ne tourne pas nécessairement autour de leurs petits enfants et ne sont pas toujours disponibles. Et puis, on aimerait que les enfants soient chez les grands-parents en même temps que les cousins, sauf que les cousins ne sont pas sur la même zone scolaire et qu'il faut jongler pour s'assurer qu'on trouvera LA bonne semaine. Quand il y a une bonne semaine. Cette année, par exemple, aucune semaine en commun à aucune des petites vacances, sauf Noel. Et puis, même avec les grands-parents, il faut faire attention. Attention de ne pas trop leur en demander, parce qu'ils n'osent pas dire non. Attention de ne pas favoriser les uns par rapport aux autres. Attention de ne pas les fatiguer en leur en imposant trop, trop souvent. Mais globalement, je remercie chaque jour ma bonne étoile de m'avoir apporté - en plus du Doudou - une belle-mère en or qui n'aime rien tant que d'accueillir ses petits enfants dans sa grande maison du bout du continent. Alleluia !

Les grandes vacances, c'est encore plus le casse-tête. Surtout quand, comme nous, cette année, on ne va peut-être pas pouvoir prendre toutes nos vacances en même temps avec le Doudou. Mon entreprise ferme juste au moment où lui doit être disponible pour la sienne. On va donc encore jongler. Avec ma belle-mère, on s'est assise et on a regardé le calendrier pour voir comment on peut s'organiser. Elle est super ma belle-mère et pleine de bonne volonté. Reste qu'en découpant l'été en tranches, entre les Poussins, leurs cousins, nous, le futur petit cousin à naître, ça devient très compliqué à organiser. D'autant que ma mère aimerait bien avoir les enfants aussi (de préférence sans moi) mais qu'elle ne sait ni où ni quand. Et que mon père a aussi envie de nous voir mais qu'il n'envisage pas de s'occuper seul des enfants.

A cela, il faut ajouter la nécessité d'organiser bien à l'avance les stages de voile, de tennis, de natation, de poney... et donc de savoir où seront les enfants et à quelles dates.

Notez que je ne me plains pas. J'ai trois couples de grands-parents (oui, trois !) qui sont disposés à nous aider dans la mesure de leurs capacités et j'ai les moyens d'assurer le financement d'activités pour que les enfants soient un peu occupés pendant les congés et s'ennuient juste ce qu'il faut. Je suis une privilégiée. Combien de parents dont les parents ne peuvent aider, soit qu'ils ne soient plus de ce monde, soit qu'ils n'aient pas les moyens ou l'envie d'aider, soit qu'ils soient désormais des étrangers pour leurs enfants ? combien d'enfants qui ne peuvent partir en vacances et trainent, seuls, désoeuvrés, dans des appartements vides avec la télévision pour seule compagnie ? Et les centre aérés qui ferment un mois l'été et ne sont pas ouverts la totalité des petites vacances, qui en parle ?

Je te vois, lecteur, qui sourit. Toi aussi, tu regardes ton agenda avec une certaine angoisse... Toi aussi, tu sais qu'il va te falloir organiser l'année en tenant compte des ces longues semaines de vacances. Toi aussi, tu penses d'abord au bien-être de l'enfant. Mais si, tu y penses ! Seulement, vu les impondérables, tu vas surtout tenter de faire au mieux et t'assurer qu'il y ait bien un adulte avec ton enfant pendant toute la durée des vacances.

Si tu y parviens, tu seras - comme chaque année - un Super Héros !

dimanche 10 mars 2013

La nuit et le jour



Je vais encore vous parler d'un livre et encore d'un livre qui parle de politique.

Non, je ne vais pas me transformer en blogueuse littéraire ! De toutes façons, d'expérience, ça n'est pas très vendeur la chronique de livre politique. Peut-être que si je vous donnais mon avis sur Tintin, ca vous captiverait mais là, mes conseils de lecture, ça vous passionne à peu près autant qu'une thèse de linguistique comparée. Les statistiques ne trompent pas. Vous êtes futiles, lecteurs volages.

Pourtant, j'insiste. Il faut lire des livres politiques quand on s'intéresse à la politique.

Parce que la politique, c'est autre chose que des petites phrases reprises dans les médias ou sur twitter. La politique, ce sont des engagements, des convictions.

Prenez Henri Guaino, dont je viens de finir la nuit et le jour. Je n'en connaissais pas grand chose, si ce n'est à travers les discours qu'il avait écrit pour Sarkozy. J'avais conscience de l'importance qu'il attachait à une certaine idée de la France, en Gaulliste, à la maîtrise de la monnaie, en Seguiniste, et à un certain volontarisme, en Sarkoziste. Pour le reste, c'était très flou.

En le lisant, j'ai pu me faire une meilleure idée du bonhomme et des principes qu'il défend. Tout ne me convient pas, loin de là... notamment sa façon de voir en la France en tant que Nation, comme un rempart contre une certaine déchéance morale. Je n'ai pas aimé la construction de son livre, sensé être un dialogue entre un vieil instituteur et Guaino, construction artificielle, lourdingue et finalement inutile.  Je ne suis pas d'accord avec lui quand il oppose les politiciens des petits arrangements qu'il dit héritiers de la IIIème et le IVème République et les politiciens de l'action, dont il ne voit qu'un seul représentant, Nicolas Sarkozy. Je suis triste qu'en tant que chantre de la droite Républicaine, il ne soit pas plus ferme contre le Front National, dont il considère qu'il "est ancré dans une histoire qui n'est pas du tout la [s]ienne" sans évoquer le fond, à savoir les programmes et les idées.

En revanche, je crois qu'il marque un point quand il se pose un certain nombre de questions sur le rôle des blogs (et plus généralement) d'Internet dans le monde. "Comment douter [du rôle du politique] quand on ne sait toujours pas si les révolutions des blogueurs vont ou non déboucher sur le pire des obscurantismes ? Les blogueurs vont-ils protéger la liberté et la dignité menacées des femmes face à l'islamisme ? Ont-ils une solution pour la Syrie ? Vont-ils sauver l'Espagne ou la Grèce de la faillite ? Qu'ont-ils à dire à ceux qui perdent leur emploi et leur logement ? Ils ont raison d'être indignés par la défaillance intellectuelle et morale de la politique et ils ont tort de penser qu'il sauveront le monde sans faire de politique." Et Guaino de rappeler qu'on ne peut s'indigner pour s'indigner sans avoir de proposition... et de s'étonner d'entendre à la radio l'une des indignées de Madrid expliquer qu'elle n'a pas de solution à la crise et que, si elle en avait une, elle ne serait plus une indignée. Comme lui, je crois au pouvoir de l'action... fut-ce, tel les communistes révolutionnaires, pour tenter d'obtenir le Grand Soir.

Et je suis aussi d'accord avec son constat sur la façon dont la politique a évolué au cours des 30 dernières années, de plus en plus bureaucratique, de mon en moins imaginative. "On ne dira jamais assez", écrit Guaino, "qu'à force de ne pas prendre au sérieux des problèmes qu'elle jugeait trop philosophiques, trop intellectuels dans l'ordre de la culture et de la morale pendant toutes ces années, la politique est passée à côté de l'essentiel. Elle est passée à côté de ce qui est sa première raison d'être : créer de la civilisation, opposer aux forces de la nature et de l'instinct, les forces de l'esprit et de la culture". Par civilisation, Guaino entend autre chose que la définition qu'en donne le dictionnaire. Pour lui, il s'agit de se forger un destin commun fondé sur des valeurs communes.

"La vraie richesse", dit-il ailleurs, "elle vient de l'imagination, de l'intelligence, du travail. La richesse, elle n'a qu'une source : la puissance créatrice de l'homme". Et d'expliquer qu'il faut distinguer le marché financier et le capitalisme, l'un n'était pas nécessaire le corollaire de l'autre. La finance ne doit pas être toute puissance et le capitalisme, qui repose sur un socle de valeurs communes, un volontarisme politique et une grande régulation, peut être un modèle social. L'argent doit être un moyen et non une fin. Le projet doit précéder le financement et on ne doit pas décider des projets en fonction des budgets qui sont alloués. En cela, Guaino ne dit pas autre chose que la plupart des hommes politiques (si l'on exclue certains extrêmes) et revient sur les approximations qui ont été faites de ses discours et de ceux qu'il a écrit pour d'autres (Seguin, Sarkozy).

Enfin, je suis partagée sur la question de la judiciarisation de la politique que Guaino dénonce. En considérant que l'ouverture d'un recours devant le conseil constitutionnel au justiciable rend le juge tout puissant face au législateur, Guaino me semble se contredire. On ne peut pas à la fois vouloir plus de politique et ne pas vouloir l'encadrer. Vous me direz que je suis une juriste et que je défends ma paroisse. Peut-être. Mais je crois qu'il faut des garde-fous. Et le conseil constitutionnel est le garde-fou suprême.

Je vous encourage à lire ce livre, pour vous faire votre propre opinion... Vous ne serez peut-être pas d'accord avec Guaino mais vous pourrez vous prononcer en connaissance de cause, en tenant compte de toutes les nuances de sa pensée.

Pour ma part, je crois mieux comprendre le Monsieur et, sans l'apprécier plus qu'avant, je lui trouve une cohérence qui me semble salutaire dans un monde où le politique a tendance à suivre l'opinion.